Détresse respiratoire aiguë du nourrisson, de l’enfant et de l’adulte. Corps étranger des voies aériennes supérieures et autres corps étrangers ORL

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Les conséquences de la pénétration d’un corps étranger dans les cavités du domaine ORL sont bien différentes selon qu’il s’agit :

  •  des voies aériennes inférieures : risque vital par asphyxie ;
  •  des voies digestives : risque vital par perforation primaire ou secondaire avec médiastinite ;
  •  du nez et de l’oreille : risque vital inexistant, mais possibilité de problèmes diagnostiques et de complications si l’introduction est ignorée et le corps étranger oublié.

Les corps étrangers de l’oreille et des voies aériennes se rencontrent essentiellement chez l’enfant ; ceux de l’œsophage sont au contraire beaucoup plus fréquents chez l’adulte.

Corps étrangers de l’oreille

Fréquents chez l’enfant, de nature très diverse, ils restent volontiers méconnus, bien supportés, mais peuvent être responsables soit :

  •  d’une inflammation de l’oreille externe, surtout si le corps étranger est ancien, de nature végétale ;
  •  d’une blessure tympanique lors de l’introduction ou de manœuvres d’extraction inappropriées.

Le diagnostic otoscopique est aisé.

Devant des manifestations à type d’otalgies, d’hypoacousie de transmission d’installation récente, voire de bourdonnements, la distinction est facile avec un bouchon (épidermique ou cérumineux) ou une otite (externe ou moyenne) à l’aide d’une otoscopie.

Le traitement relève du lavage d’oreille pour évacuer le corps étranger par les voies naturelles si on est sûr de l’absence de perforation du tympan : atraumatique, indolore, il suffit dans la plupart des cas. Il est contre-indiqué en cas de perforation tympanique.

L’utilisation de micro-instruments mousses (crochets, micropinces) est du ressort du spécialiste : elle peut être utile notamment en cas de perforation tympanique préalable, mais nécessite un geste précis et une immobilité totale du sujet pour éviter tout traumatisme iatrogène.

L’exérèse sous anesthésie générale est réservée aux corps étrangers volumineux, enclavés, dont l’extraction par les voies naturelles est difficile et douloureuse.

La pile bouton est un corps étranger très dangereux, à extraire en urgence (risque de corrosion chimique).

Corps étrangers du nez

Cette pathologie est essentiellement pédiatrique, apanage du grand nourrisson ou du petit enfant.Les manifestations cliniques ont pour caractère essentiel leur unilatéralité :

  •  obstruction nasale ;
  •  écoulement purulent, fétide, parfois hématique.

Le diagnostic est évident si l’introduction a lieu devant témoins, plus difficile en cas de corps étranger méconnu (chez l’enfant en particulier). Il doit être évoqué de principe en cas de suppuration tenace, fétide, unilatérale ou devant une cacosmie, voire une cellulite nasojugale. On élimine ainsi par un examen clinique précis et soigneux une sinusite ethmoïdomaxillaire, rhinogène ou non, en s’aidant si besoin d’un examen radiologique si on évoque un rhinolithe (amas calcifié autour d’un corps étranger ancien).

Le traitement est l’extraction par les voies naturelles en évitant de refouler le corps étranger vers le pharynx (avec risque de fausse route laryngotrachéale). L’ablation réalisable après rétraction de la muqueuse par vasoconstricteurs locaux, sur un sujet immobile coopérant, tête en flexion, à l’aide d’instruments mousses, nécessite parfois une anesthésie générale chez l’enfant pour éviter tout traumatisme local responsable d’hémorragies.

La pile bouton est un corps étranger très dangereux à extraire en urgence (risque de corrosion chimique).

Corps étrangers du pharynx et de l’œsophage

Les corps étrangers pharyngés et œsophagiens sont surtout rencontrés chez l’adulte. Cependant, ils ne sont pas exceptionnels chez l’enfant (jouets, pièces de monnaie…). Leur nature et leur siège exacts ayant été précisés, ils sont extraits par les voies naturelles.

Corps étranger pharyngé

Un corps étranger pharyngé se manifeste par une simple gêne pharyngée d’apparition brutale, en règle au cours d’un repas, tenace, localisée, souvent latéralisée. Il s’agit le plus souvent d’une arête de poisson, d’un fragment d’os…

Un examen ORL attentif à l’abaisse-langue puis au miroir, ou à l’aide d’un nasofibroscope en laryngoscopie indirecte permet le repérage et l’ablation dans un grand nombre de cas. L’anesthésie générale peut être nécessaire, notamment chez le petit enfant, en cas de corps étranger hypopharyngé ou si le sujet n’est pas coopérant.

Exceptionnellement, un corps étranger volumineux de siège pharyngolaryngé entraîne une aphagie, associée ou non à une détresse respiratoire, imposant alors une extraction en urgence.

Corps étranger œsophagien

Il se situe en règle générale dans l’œsophage cervical, sous la bouche œsophagienne (sphincter supérieur de l’œsophage). Il se rencontre chez l’enfant, mais aussi chez l’adulte, souvent dans le cadre d’une pathologie psychiatrique ou neurologique ou chez le sujet âgé.

Dysphagie, hypersialorrhée, gêne cervicale basse sont les seuls signes d’appel en dehors de toute complication. Celle-ci doit cependant être recherchée systématiquement : douleur, empâtement, emphysème sous-cutané cervical, état fébrile.

L’examen radiographique simple sans opacification peut fournir de précieux renseignements (face, profil) (figure 20.1) :

  •  visualisation d’un corps étranger radio-opaque cervical ou déjà en aval, se projetant en arrière de la trachée de profil, en prérachidien ;
  •  épaississement des parties molles cervicomédiastinales ou mise en évidence d’un épanchement gazeux en cas de complication infectieuse ou de perforation.

Le corps étranger œsophagien étant reconnu, son extraction par voie endoscopique s’impose sans retard. Elle s’effectue au mieux à l’aide de tubes rigides, sous anesthésie générale.

Si le corps étranger œsophagien n’est que suspecté, une endoscopie exploratrice est néanmoins nécessaire, car un corps étranger méconnu expose à de redoutables complications (perforation avec médiastinite, pleurésie purulente, fistule œsobronchique, sténose œsophagienne).

La pile bouton est un corps étranger très dangereux à extraire en urgence (risque de corrosion chimique).

Corps étrangers trachéobronchiques et laryngés

Généralités

Ils sont avant tout l’apanage du jeune enfant, dès l’âge de la préhension (5 mois). C’est un accident relativement fréquent, grave, soit du fait du siège du corps étranger (enclavement laryngé ou corps étranger mobile), soit parce qu’il est méconnu.

Chez l’adulte, le corps étranger des voies aériennes inférieures est rare. Certaines professions (couturières, tapissiers) y sont plus exposées.

Le siège du corps étranger est :

  •  essentiellement bronchique : 75 % des cas, deux fois plus fréquent à droite en raison de la disposition anatomique (la bronche droite est plus verticale, presque dans l’axe de la trachée) ;
  •  parfois trachéal : 15 % des cas ;
  •  ou laryngé : 10 % des cas.

La nature du corps étranger est extrêmement variable :

  •  les corps étrangers végétaux (cacahuètes, haricots, noyaux de fruits) sont les plus fréquents (figure 20.2). Leur gravité particulière est liée à la multiplicité des fragments et à la réaction muqueuse bronchique diffuse, particulièrement intense et précoce, qu’ils peuvent entraîner ;
  •  les petits jouets plastiques ou métalliques sont des corps étrangers potentiels pour l’enfant en bas âge.

Il faut distinguer le corps étranger laryngé et le corps étranger trachéobronchique, tant sur le plan sémiologique que sur celui de l’urgence.

Corps étranger laryngé

Le corps étranger laryngé est particulier en raison de la gravité du tableau clinique et du risque de blocage dans la région glottique et sous-glottique (cricoïdienne), zones d’étroitesse anatomique.

Le tableau clinique est dramatique, réalisant soit :

  •  une asphyxie aiguë, immédiate, foudroyante ;
  •  une dyspnée laryngée majeure d’installation brutale avec tirage très intense, aphonie et cyanose importante.

Une extraction de toute urgence sous endoscopie, par les voies naturelles, s’impose.

L’extraction par voie endoscopique nécessite un centre spécialisé, une instrumentation complète, un opérateur entraîné et la collaboration étroite d’un anesthésiste-réanimateur. Seulement en cas d’asphyxie suraiguë avec mort imminente, la manœuvre de Heimlich peut être tentée : une pression brusque de la région épigastrique peut permettre l’expulsion par l’élévation diaphragmatique et l’hyperpression pulmonaire qu’elle entraîne (figure 20.3).

Le diagnostic différentiel est aisé :

  •  la laryngite striduleuse, accès de dyspnée laryngée brutal, passager, spontanément réduit, est différente d’un syndrome de pénétration. Elle survient en général la nuit ; la corticothérapie est efficace en quelques minutes ;
  •  l’épiglottite associe un syndrome fébrile intense, une dysphagie et une dyspnée progressive, aboutissant à une détresse respiratoire rapide.

Corps étranger trachéobronchique

Les symptômes et l’évolution sont différents. Certes, la symptomatologie initiale est alarmante, très particulière, stéréotypée, quasi pathognomonique. Mais, bien souvent, l’épisode aigu inaugural a été méconnu ou oublié ; le diagnostic peut être difficile, fonction des données de l’anamnèse, de l’examen clinique et de la radiographie. Il faut toujours évoquer la possibilité d’un corps étranger devant une symptomatologie bronchopulmonaire aiguë, récidivante, surtout si elle reste localisée à un même territoire (segment, lobe ou poumon entier).

Diagnostic

Le diagnostic repose sur la notion d’un syndrome de pénétration. Élément fondamental, donnée de l’interrogatoire, le syndrome de pénétration est un accès de suffocation brutal, inopiné et spontanément résolutif survenant chez un enfant en bonne santé. Il est associé à des quintes de toux violentes, expulsives, angoissantes avec tirage et cornage. Il est en règle générale diurne. Ce syndrome très fugace (quelques minutes) est caractéristique de l’inhalation d’un corps étranger dans les voies aériennes inférieures. Il impose à lui seul un examen endoscopique dans les meilleurs délais.

Évolution

Après ce tableau aigu initial, deux éventualités sont possibles :

  •  le corps étranger reste mobile, se déplaçant dans la trachée et/ou d’une bronche à l’autre :
    •  les signes fonctionnels persistent : épisodes de dyspnée trachéale intermittents, quintes de toux expulsives ou toux spasmodique ;
    •  l’auscultation pulmonaire est caractéristique si elle révèle le classique « bruit de drapeau » qui correspond au va-et-vient du corps étranger ;
    •  le risque d’un corps étranger mobile est double : aggravation brutale lors de la mobilisation de l’enfant ; mort subite en cas d’enclavement laryngé (région sous-glottique) ou trachéal (carène) ;
  •  le corps étranger est enclavé dans une bronche :
    •  on assiste à une accalmie fonctionnelle totale après le syndrome de pénétration ;
    •  l’importance et la précocité des signes physiques et radiographiques témoins d’un trouble de ventilation, la tolérance du corps étranger sont alors fonction de son volume, de sa forme et du calibre de la bronche obstruée (bronche souche : retentissement ventilatoire de tout un poumon) (figure 20.4).

Le tableau clinique est soit celui d’une obstruction bronchique aiguë, soit celui d’un accident bronchopulmonaire infectieux chronique ou aigu itératif.

L’examen clinique recherche :

  •  une diminution ou une abolition du murmure vésiculaire ;
  •  des râles bronchiques en foyer systématisé ;
  •  une matité.

L’examen radiographique (figure 20.5) montre, selon les cas :

  •  un corps étranger radio-opaque ;
  •  une atélectasie ;
  •  un emphysème obstructif ;
  •  un déplacement médiastinal.

Tous ces signes sont très évocateurs ou caractéristiques. Parfois, l’examen radiographique classique est normal ; il est très utile alors de faire réaliser un cliché comparatif en inspiration et expiration de face pour mettre en évidence le trouble de ventilation (balancement médiastinal).

Complications

Les complications précoces sont à type de :

  •  bronchoalvéolite (surtout si le corps étranger est végétal) ;
  •  œdème réactionnel localisé.

Les complications tardives sont à type de bronchorrhée avec parfois des séquelles bronchiques définitives : sténose bronchique ou bronchectasies.

Traitement

Toute notion ou toute suspicion de syndrome de pénétration impose un examen endoscopique.

L’endoscopie trachéobronchique pour extraction d’un corps étranger requiert :

  •  une anesthésie générale adaptée (immobilité parfaite, donc une collaboration étroite entre anesthésiste et opérateur) ;
  •  un matériel d’endoscopie rigide (figure 20.6) ou souple et une instrumentation d’extraction complète adaptée à tout âge, et la possibilité d’une trachéotomie immédiate.

Elle doit donc être réalisée au bloc opératoire. L’opérateur rompu aux techniques d’endoscopie peut ainsi repérer :

  •  le siège du corps étranger ;
  •  sa nature (végétale ou autre, acérée ou non) ;
  •  le nombre de corps étrangers.

Le corps étranger est désenclavé puis extrait avec prudence sous contrôle permanent de la vue. Un contrôle endoscopique est impératif immédiatement après l’extraction. Cette extraction est toujours difficile si elle est tardive ou répétée (corps étrangers multiples) du fait de l’œdème réactionnel et de la suppuration dus au corps étranger.

Le traitement médical après extraction combat :

  •  l’œdème local ou pharyngé par les corticoïdes ;
  •  la suppuration par antibiothérapie, soit systématique, fonction du type du corps étranger (végétal), soit guidée par le germe mis en évidence dans le prélèvement bronchique ;
  •  l’humidification par des aérosols.

Les complications de l’extraction sont exceptionnelles :

  •  médiastinites ;
  •  pneumomédiastin : surtout par rupture alvéolaire liée à l’hyperpression endobronchique.

L’échec de l’extraction endoscopique est rarissime. Il impose alors le recours à la thoracotomie.

L’éducation des parents reste le meilleur traitement préventif de ce type d’accident : ne rien laisser à portée de main qui puisse pénétrer les voies aériennes, ne pas donner de cacahuètes à un nourrisson ou un enfant en bas âge (c’est le corps étranger le plus fréquent).

  1. Un corps étranger des fosses nasales doit être suspecté chez un enfant en présence d'une obstruction nasale et/ou d'une rhinorrhée purulente, fétide, unilatérale au long cours.
  2. Toute dysphagie œsophagienne d'apparition brutale impose une exploration endoscopique à la recherche d'un corps étranger, qui est extrait sans retard au tube rigide sous anesthésie générale.
  3.  La notion d'un syndrome de pénétration impose :
    •  une auscultation pulmonaire et une radiographie pulmonaire ;
    •  une endoscopie laryngotrachéobronchique à la recherche d'un corps étranger qui est extrait par les voies naturelles.
  4.  Tout syndrome bronchopulmonaire focalisé, inexpliqué, répétitif ou au long cours indique une endoscopie trachéobronchique, pour éliminer notamment un corps étranger des voies respiratoires.

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